Si vous vous intéressez à la culture manga et à l'univers otaku, vous avez forcément croisé le terme doujinshi sans nécessairement en saisir toute la richesse. Vous avez raison de vouloir en savoir plus : les doujinshi (同人誌) représentent l'un des phénomènes les plus fascinants et les plus méconnus de la culture japonaise, bien au-delà du simple « manga amateur ». Cet article vous propose un guide complet pour comprendre ce que sont véritablement les doujinshi, leur histoire, leurs différents types, leur écosystème unique, et comment y accéder depuis la France. Nous aborderons également les questions juridiques, le marché adulte, et les étapes pour créer votre propre doujinshi.
Qu'est-ce qu'un doujinshi ? Définition et origines
Définition : manga amateur et auto-édition au Japon
Le terme doujinshi (同人誌, dōjinshi) est composé de deux éléments japonais : dōjin (同人), qui signifie « groupe de personnes partageant les mêmes centres d'intérêt », et shi (誌), qui désigne un magazine ou une publication. Littéralement, un doujinshi est donc une « publication de personnes partageant une même passion ».
Dans la pratique, le doujinshi désigne toute publication auto-éditée au Japon, qu'il s'agisse de manga, de romans, de recueils de poésie, de magazines de critique ou même de guides techniques. Cependant, dans l'usage courant — et particulièrement en Occident —, le terme renvoie presque exclusivement aux mangas amateurs auto-publiés par des individus ou de petits groupes appelés circles (cercles).
Ce qui distingue fondamentalement le doujinshi du manga commercial, c'est son mode de production et de distribution. Un doujinshi est créé en dehors du circuit éditorial traditionnel. L'artiste — ou le cercle — finance lui-même l'impression, fixe le prix de vente, et distribue son œuvre directement au public, le plus souvent lors de conventions spécialisées ou via des plateformes en ligne.
"Le doujinshi représente la forme la plus pure de liberté créative dans la culture manga japonaise. C'est un espace où les artistes peuvent expérimenter sans les contraintes commerciales, explorer des récits personnels et repousser les limites de l'expression artistique. Cette scène amateur a souvent servi de laboratoire d'innovation pour l'ensemble de l'industrie du manga."
— Matt Alt, auteur et expert de la culture japonaise, Pure Invention: How Japan Made the Modern World, 2020
Doujinshi vs manga commercial : les différences clés
La frontière entre doujinshi et manga commercial ne se résume pas à une simple question de qualité. De nombreux mangaka professionnels produisent eux-mêmes des doujinshi en parallèle de leur carrière officielle, et certains doujinshi rivalisent aisément avec des publications commerciales en termes de maîtrise technique.
| Critère | Doujinshi | Manga Commercial |
|---|---|---|
| Mode de production | Auto-édition indépendante, financée par l'auteur ou le cercle | Production éditée et financée par une maison d'édition professionnelle |
| Éditeur | Aucun (l'auteur est son propre éditeur) | Maisons d'édition majeures (Shueisha, Kodansha, Shogakukan, etc.) |
| Tirage | De 30 à 2 000 exemplaires en moyenne, jusqu'à 10 000 pour les cercles populaires | De 10 000 à plusieurs millions d'exemplaires selon la série |
| Format | B5 (182×257 mm) ou A5 (148×210 mm), 20 à 60 pages typiquement | Tankōbon standard (127×182 mm), 180 à 200 pages |
| Prix moyen | 300 à 1 500 yens (2 à 10 €) selon le volume et la qualité | 400 à 700 yens (2,70 à 4,70 €) pour un volume standard |
| Distribution | Conventions spécialisées (Comiket), boutiques spécialisées, plateformes en ligne (BOOTH, DLsite) | Réseau national de librairies, convenience stores, plateformes numériques officielles |
| Liberté créative | Totale : thèmes, durée, style, contenu entièrement libres | Contrainte par la ligne éditoriale, le public cible, les codes du magazine de prépublication |
| Droits d'auteur | L'auteur conserve tous les droits sur son œuvre originale ou dérivée | Droits souvent partagés ou cédés partiellement à l'éditeur selon contrat |
La différence essentielle réside dans la liberté créative absolue dont jouit l'auteur de doujinshi. Sans éditeur pour imposer une ligne éditoriale, sans contrainte de sérialisation hebdomadaire, sans obligation de plaire à un lectorat de masse, le créateur de doujinshi peut explorer des thèmes, des styles graphiques et des récits que le manga commercial ne pourrait jamais publier. Cette liberté est précisément ce qui fait la vitalité et l'attractivité de la scène dōjin.
Le format physique diffère également. Là où un manga commercial adopte le format tankōbon standardisé, le doujinshi se présente généralement en format B5 ou A5, avec un nombre de pages plus restreint — typiquement entre 20 et 60 pages — et une couverture souvent imprimée en couleur tandis que l'intérieur reste en noir et blanc.
Les origines historiques du doujinshi (années 1970-1980)
L'histoire des doujinshi est indissociable de celle du mouvement dōjin au Japon. Si l'auto-publication littéraire japonaise remonte à l'ère Meiji avec des revues comme Myōjō (明星) au début du XXe siècle, c'est véritablement dans les années 1970 que le phénomène du doujinshi manga tel qu'on le connaît aujourd'hui a pris forme.
Note culturelle : Le mouvement dōjin
Le concept de dōjin (同人) dépasse largement le cadre du manga. Ce terme désigne historiquement tout groupe de personnes unies par une passion commune, qu'il s'agisse de littérature, de poésie, d'art pictural ou de musique. Les cercles littéraires de l'ère Meiji (1868-1912) produisaient déjà des revues dōjinshi pour diffuser leurs œuvres en dehors du circuit commercial. Cette tradition d'auto-publication indépendante s'inscrit dans une longue histoire culturelle japonaise valorisant la création communautaire et le partage non-marchand du savoir et de l'art. Le mouvement dōjin manga des années 1970 hérite directement de cette philosophie, transposant ces valeurs dans l'univers graphique et narratif du manga contemporain.
L'événement fondateur est la création du Comic Market — plus connu sous le nom de Comiket — en décembre 1975. Cette première édition, organisée par le critique manga Yoshihiro Yonezawa et le groupe Meikyu, réunissait seulement 32 cercles et environ 700 participants dans une salle du centre de Tokyo. Personne n'imaginait alors que cet événement modeste deviendrait la plus grande convention de doujinshi au monde.
Les années 1980 ont marqué l'explosion du phénomène. L'essor du manga commercial, porté par des œuvres comme Dragon Ball ou Captain Tsubasa, a généré une vague massive de créations dérivées. C'est également durant cette décennie qu'un groupe de jeunes femmes passionnées a fondé un cercle de doujinshi qui allait devenir légendaire : CLAMP. Aujourd'hui mondialement connues pour Card Captor Sakura et xxxHolic, les membres de CLAMP ont commencé leur carrière en publiant des doujinshi parodiques, démontrant que la scène amateur pouvait servir de tremplin vers une carrière professionnelle.
Les différents types de doujinshi
Doujinshi originaux vs parodies (œuvres dérivées)
Le monde du doujinshi se divise en deux grandes catégories fondamentales. La première est celle des doujinshi originaux, appelés ichiji sōsaku (一次創作, « création primaire »). Il s'agit d'œuvres entièrement originales, avec des personnages et des univers inventés par l'auteur. Ces créations représentent l'expression la plus pure de la liberté artistique offerte par l'auto-édition.
La seconde catégorie — et de loin la plus volumineuse — est celle des doujinshi dérivés, ou niji sōsaku (二次創作, « création secondaire »). Ces œuvres reprennent les personnages et les univers de mangas, animes, jeux vidéo ou light novels existants pour les réinterpréter. Ce concept de fanwork (œuvre de fan) constitue le cœur battant de la culture doujinshi.
Les séries les plus populaires au Comiket changent au fil des saisons, reflétant les tendances de l'industrie du divertissement japonais. Des franchises comme Touhou Project, Fate/stay night, Vocaloid ou plus récemment Blue Archive et Genshin Impact génèrent chaque année des milliers de doujinshi dérivés.
- Touhou Project — Plus de 4 000 cercles participants estimés par édition du Comiket. Cette franchise de jeux de tir indépendante créée par ZUN domine la scène doujinshi depuis plus de 15 ans grâce à sa politique d'autorisation explicite des créations dérivées.
- Fate/stay night et TYPE-MOON — Environ 2 500 cercles. L'univers étendu de TYPE-MOON, incluant Fate/Grand Order, génère un volume colossal de doujinshi explorant les relations entre Servants et Masters.
- Idolmaster (toutes séries confondues) — Environ 2 000 cercles. La franchise d'idoles de Bandai Namco inspire particulièrement les doujinshi musicaux et les fan comics centrés sur les relations entre productrices et idoles.
- Kantai Collection (KanColle) — Environ 1 800 cercles. Ce jeu de navigation anthropomorphisant des navires de guerre japonais a créé un phénomène culturel unique générant d'innombrables doujinshi, souvent humoristiques ou historiques.
- Vocaloid (Hatsune Miku et autres) — Environ 1 500 cercles. Les synthétiseurs vocaux Vocaloid inspirent autant des doujinshi manga que des albums musicaux dōjin et des artbooks.
- Blue Archive — Environ 1 200 cercles. Ce jeu mobile de Nexon connaît une popularité fulgurante dans la scène doujinshi depuis 2022, notamment pour son esthétique moe et son univers scolaire militarisé.
- Genshin Impact — Environ 1 000 cercles. Le phénomène mondial de miHoYo a rapidement conquis la scène doujinshi japonaise, avec des créations centrées sur les relations entre personnages (ships) et l'exploration du lore.
- Love Live! (toutes séries) — Environ 900 cercles. La franchise d'idoles scolaires inspire particulièrement les doujinshi yuri (relations entre filles) et les fan comics humoristiques.
- Hololive et VTubers — Environ 800 cercles. Le phénomène VTuber a créé une catégorie entièrement nouvelle de doujinshi, mêlant fan art des avatars et représentations des personnalités virtuelles.
- Créations originales (ichiji sōsaku) — Environ 6 000 à 8 000 cercles toutes catégories confondues. Les doujinshi originaux représentent une part croissante du Comiket, particulièrement valorisés lors d'événements spécialisés comme COMITIA.
Doujinshi hentai : la réalité du marché adulte
Il est impossible de parler de doujinshi sans aborder la question du contenu adulte. Les doujinshi hentai — contenant des scènes sexuelles explicites — représentent une part significative du marché. Selon les estimations, entre 40 et 60 % des doujinshi vendus au Comiket contiennent du contenu pour adultes, bien que ce pourcentage varie considérablement selon les éditions et les halls.
Cette prépondérance du contenu adulte s'explique par plusieurs facteurs. La liberté offerte par l'auto-édition permet aux artistes d'explorer des thématiques que l'industrie commerciale ne peut ou ne veut pas aborder. Les genres yaoi (relations masculines, principalement créé par et pour un public féminin) et yuri (relations féminines) ont d'ailleurs trouvé dans le doujinshi leur terreau d'expression originel avant de gagner le marché commercial.
Le marché du doujinshi adulte est loin d'être marginal. Il constitue un pilier économique de l'industrie dōjin, avec des cercles spécialisés qui vendent des dizaines de milliers d'exemplaires de chaque nouvelle publication. Certains artistes de doujinshi hentai jouissent d'une notoriété considérable et sont activement recrutés par l'industrie du jeu vidéo et de l'animation pour leurs compétences en character design.
Formats et supports : du papier A5 au numérique
Le doujinshi traditionnel est un objet physique. Les formats les plus répandus sont le B5 (182 x 257 mm, le plus courant) et le A5 (148 x 210 mm), avec un nombre de pages variant généralement entre 20 et 60. La couverture est imprimée en couleur sur du papier cartonné, tandis que les pages intérieures sont le plus souvent en noir et blanc.
Les méthodes d'impression ont considérablement évolué. Dans les années 1980, la photocopie était la norme pour les petits tirages. Aujourd'hui, des imprimeries japonaises spécialisées — comme Kinko's, Popls ou Sanyo Printing — proposent des services dédiés aux cercles de doujinshi, avec des tarifs dégressifs et des délais adaptés aux calendriers des conventions.
La révolution numérique a profondément transformé le paysage. Les plateformes comme DLsite, BOOTH (la boutique en ligne de Pixiv) et Melonbooks permettent désormais de distribuer des doujinshi au format PDF ou numérique sans passer par l'impression physique. Ce virage a démocratisé l'accès à la création, en supprimant la barrière financière de l'impression et en ouvrant le marché à un public international.
Le Comiket et l'écosystème des conventions doujinshi
Comiket : la plus grande convention doujinshi au monde
Le Comic Market, universellement connu sous le nom de Comiket, est l'événement central de la culture doujinshi. Organisé deux fois par an à Tokyo — en été (août) et en hiver (décembre) — au centre de conventions Tokyo Big Sight, le Comiket est tout simplement la plus grande convention de doujinshi au monde, et l'un des plus grands événements culturels du Japon.
Les chiffres donnent le vertige : chaque édition accueille plus de 500 000 visiteurs sur trois jours, avec environ 35 000 cercles participants répartis dans des halls immenses. Le contraste avec la première édition de 1975 — 32 cercles, 700 visiteurs — illustre parfaitement l'ampleur du phénomène. Le marché annuel du doujinshi est estimé à plus de 700 millions de dollars, un chiffre qui témoigne de la puissance économique de cette industrie parallèle.
"Le Comiket n'est pas une simple convention commerciale. C'est un espace démocratique où tous les créateurs, professionnels ou amateurs, débutants ou confirmés, disposent du même espace d'expression. Cette égalité fondamentale reflète l'essence même du mouvement dōjin : la passion partagée prime sur la hiérarchie ou le profit. Nous avons toujours refusé de transformer le Comiket en un événement commercial élitiste."
— Yoshihiro Yonezawa (1953-2006), co-fondateur du Comiket et critique manga, extrait d'une interview pour Eureka, 2003
Le Comiket fonctionne selon un principe fondamental : l'égalité entre tous les participants. Qu'il s'agisse d'un cercle débutant ou d'un artiste professionnel mondialement connu, chacun dispose du même espace de table standard et des mêmes conditions de vente. Cette philosophie égalitaire, héritée des fondateurs, est au cœur de l'identité du Comiket et de la culture dōjin dans son ensemble.
L'événement est organisé par jours thématiques. Certains jours sont dédiés aux doujinshi dérivés d'animes et de mangas, d'autres aux jeux vidéo, d'autres encore aux créations originales ou aux genres spécifiques comme le yaoi. Les files d'attente pour les cercles les plus populaires peuvent s'étendre sur des centaines de mètres, et les éditions les plus recherchées se vendent en quelques minutes.
Les autres conventions au Japon
COMITIA occupe une place particulière dans le paysage des conventions doujinshi japonaises. Contrairement au Comiket, COMITIA est exclusivement dédiée aux créations originales (ichiji sōsaku). Aucun doujinshi dérivé n'y est accepté. Cette spécificité en fait un rendez-vous incontournable pour les artistes qui souhaitent présenter des univers et des personnages entièrement originaux. Organisée plusieurs fois par an à Tokyo, COMITIA attire des milliers de cercles et constitue un vivier de talents repéré par les éditeurs professionnels.
Sunshine Creation est une autre convention majeure, organisée au Sunshine City d'Ikebukuro, Tokyo. Plus modeste en taille que le Comiket, elle offre une atmosphère plus intimiste et est particulièrement appréciée des amateurs de doujinshi pour adultes. D'autres événements régionaux comme Comic City (organisé dans plusieurs villes japonaises) ou les conventions thématiques dédiées à des franchises spécifiques complètent cet écosystème riche et diversifié.
Conventions en France et en Europe
La culture doujinshi a traversé les océans pour s'implanter en Europe, même si l'échelle reste incomparable avec le Japon. En France, Japan Expo — le plus grand salon de la culture japonaise en Europe — accueille depuis plusieurs années un espace dédié aux artistes amateurs et aux cercles francophones qui vendent leurs créations dans l'esprit du doujinshi.
Des conventions plus spécialisées, comme Paris Manga & Sci-Fi Show ou les nombreux Artist Alleys présents dans les conventions geek françaises, offrent également des espaces où les créateurs francophones peuvent exposer et vendre leurs œuvres. Le terme « fanzine » est parfois utilisé en France pour désigner ces créations, bien que la culture doujinshi japonaise possède des spécificités qui la distinguent de la tradition fanzinesque occidentale.
En Europe, des événements comme la London MCM Comic Con au Royaume-Uni ou Lucca Comics en Italie intègrent aussi des espaces pour les créateurs amateurs, contribuant à l'internationalisation progressive de la culture dōjin.
Où lire et acheter des doujinshi en France ?
Plateformes numériques japonaises
L'accès aux doujinshi depuis la France est aujourd'hui plus facile que jamais grâce aux plateformes numériques. Voici les principales options disponibles pour les lecteurs francophones.
| Plateforme | Langue interface | Paiement international | Format | Prix moyen | Contenu adulte | Livraison France |
|---|---|---|---|---|---|---|
| BOOTH (Pixiv) | Japonais, anglais partiel | Carte bancaire, PayPal | PDF, numérique | 300-1 000 yens (2-7 €) | Oui, avec vérification d'âge | Numérique : immédiat Physique : via proxy |
| DLsite | Japonais, anglais, chinois | Carte bancaire, PayPal, Alipay | PDF, formats propriétaires | 500-1 500 yens (3-10 €) | Oui, catalogue très étendu | Numérique uniquement |
| Melonbooks | Principalement japonais | Carte bancaire (limité) | Physique principalement | 600-2 000 yens (4-13 €) | Oui, rayons séparés | Livraison internationale limitée, proxy recommandé |
| Toranoana | Principalement japonais | Carte bancaire (limité) | Physique et numérique | 500-1 800 yens (3-12 €) | Oui, catalogue spécialisé | Livraison internationale complexe, proxy recommandé |
BOOTH, la plateforme de vente en ligne de Pixiv, est devenue la référence pour l'achat de doujinshi numériques. Son interface est partiellement traduite en anglais, elle accepte les paiements par carte internationale et PayPal, et propose un catalogue considérable couvrant tous les genres, du tout public au contenu adulte. De nombreux cercles y vendent des versions numériques (PDF) de leurs doujinshi physiques.
DLsite est la plateforme historique de distribution numérique de contenu dōjin au Japon. Spécialisée dans les doujinshi, les jeux dōjin et les œuvres audio, elle dispose d'une version anglaise fonctionnelle et accepte les paiements internationaux. DLsite est particulièrement réputée pour son catalogue de doujinshi pour adultes, avec un système de tags et de catégories très détaillé.
Melonbooks et Toranoana sont les deux plus grandes chaînes de librairies spécialisées en doujinshi au Japon. Elles proposent aussi des ventes en ligne, mais leur interface reste principalement en japonais et la livraison internationale peut s'avérer complexe. Ces plateformes sont néanmoins incontournables pour accéder aux éditions physiques les plus recherchées.
Scantrad et légalité
La scanlation — contraction de scan et translation — désigne la numérisation et la traduction non autorisée de mangas et de doujinshi. Dans le monde du doujinshi, cette pratique est extrêmement répandue. De nombreux sites agrègent des milliers de doujinshi scannés et traduits en anglais ou en français, souvent sans aucune autorisation des auteurs originaux.
Il est important de souligner que la scanlation de doujinshi reste illégale, quel que soit le pays. Même si le doujinshi lui-même est une œuvre dérivée, son auteur détient des droits sur sa création. La numérisation et la diffusion sans autorisation constituent une violation du droit d'auteur.
La réalité est cependant nuancée. Pour de nombreux lecteurs hors du Japon, la scanlation a longtemps été le seul moyen d'accéder à ces œuvres. L'essor des plateformes numériques légales comme BOOTH et DLsite a commencé à offrir des alternatives viables, mais la barrière de la langue — la grande majorité des doujinshi étant en japonais — continue de freiner l'adoption de ces solutions légales par le public francophone.
Acheter des doujinshi physiques depuis la France
Pour les collectionneurs qui souhaitent acquérir des doujinshi physiques depuis la France, plusieurs options existent. Les services de proxy — ou buying services — permettent d'acheter sur les sites japonais qui ne livrent pas à l'international. Des services comme Buyee, ZenMarket ou FromJapan agissent comme intermédiaires : ils achètent le doujinshi pour vous au Japon, puis vous l'expédient à votre adresse française.
- Buyee — Service proxy officiel de Yahoo! Japan Auctions et Mercari. Interface en français disponible. Commission : 300 yens (environ 2 €) par article + frais d'expédition internationale (à partir de 1 500 yens / 10 € selon le poids). Option de consolidation pour grouper plusieurs achats.
- ZenMarket — Service proxy polyvalent couvrant Amazon Japan, Rakuten, Melonbooks, Toranoana. Interface en anglais et français. Commission : 300 yens par article. Frais de stockage gratuits les 45 premiers jours. Expédition vers la France à partir de 1 800 yens (environ 12 €).
- FromJapan — Service proxy généraliste acceptant la plupart des boutiques japonaises. Interface multilingue (anglais, français). Commission : 200 yens minimum + pourcentage selon le prix de l'article. Stockage gratuit 30 jours. Consolidation disponible pour optimiser les frais de port.
- Tenso (service de forwarding) — Ne fait pas d'achat pour vous, mais fournit une adresse japonaise pour recevoir vos colis puis les réexpédie vers la France. Utile si vous pouvez acheter directement sur les sites japonais. Frais : uniquement l'expédition internationale (à partir de 1 500 yens / 10 €). Inscription gratuite.
- White Rabbit Express — Service premium avec assistance personnalisée. Achètent pour vous sur n'importe quelle boutique japonaise, même celles sans site web. Commission : 600 yens + 5 % du prix d'achat. Recommandé pour les doujinshi rares ou les achats complexes nécessitant du conseil.
Les librairies japonaises en ligne comme Mandarake (spécialisée dans l'occasion) ou Amazon Japan proposent parfois la livraison internationale directe. Les prix des doujinshi physiques varient généralement entre 300 et 1 500 yens (environ 2 à 10 euros) pour les publications courantes, mais les éditions rares ou très recherchées peuvent atteindre des prix bien supérieurs sur le marché de l'occasion.
Enfin, il ne faut pas négliger les conventions françaises et européennes mentionnées précédemment. De nombreux revendeurs spécialisés importent des doujinshi japonais pour les revendre lors de ces événements, offrant l'avantage de pouvoir feuilleter les œuvres avant l'achat et découvrir comment ces créations influencent notre culture.
Aspects juridiques : le doujinshi est-il légal ?
Droit d'auteur et tolérance au Japon (shinkokuzai)
La question de la légalité des doujinshi — en particulier des doujinshi dérivés qui utilisent des personnages protégés par le droit d'auteur — est l'un des sujets les plus fascinants et les plus complexes de la culture japonaise contemporaine. La réponse courte est que les doujinshi dérivés existent dans une zone grise juridique, tolérée mais techniquement illégale.
Le concept clé pour comprendre cette tolérance est celui du shinkokuzai (親告罪), ou « délit à plainte privée ». Dans le système juridique japonais, la violation du droit d'auteur est un shinkokuzai : elle ne peut faire l'objet de poursuites que si le détenteur des droits porte plainte. Autrement dit, tant que l'ayant droit ne se manifeste pas, il n'y a pas de poursuite possible, même si l'infraction est manifeste.
Cette particularité juridique a créé un écosystème de tolérance tacite. La plupart des éditeurs et des créateurs de manga commerciaux choisissent délibérément de ne pas poursuivre les auteurs de doujinshi, et ce pour plusieurs raisons stratégiques. Les doujinshi entretiennent la passion des fans pour les œuvres originales, ils constituent un vivier de recrutement pour l'industrie professionnelle, et poursuivre des fans serait désastreux en termes d'image.
"Le système du shinkokuzai a permis l'émergence d'une culture de création dérivée unique au Japon. Cette zone grise juridique n'est pas un accident législatif, mais reflète une conception différente de la propriété intellectuelle, où la circulation créative des œuvres et l'engagement communautaire sont considérés comme bénéfiques pour l'écosystème culturel dans son ensemble. Le doujinshi fonctionne comme un laboratoire d'innovation narrative et graphique que l'industrie commerciale observe attentivement."
— Dr. Melek Ortabasi, professeure de littérature japonaise à l'Université Simon Fraser, Traveling Fictions: Derivative Work and Participatory Culture in Japan, 2018
Limites légales et controverses
Cette tolérance a cependant ses limites. Plusieurs cas historiques montrent que les détenteurs de droits peuvent agir lorsque certaines lignes sont franchies. Le cas le plus célèbre est celui de l'affaire Pokémon doujinshi de 1999, où Nintendo a poursuivi une artiste qui vendait des doujinshi pour adultes mettant en scène des personnages de la franchise. Cette affaire a envoyé un signal clair à la communauté dōjin : la tolérance n'est pas un droit acquis.
Les règles tacites qui régissent cette tolérance sont relativement bien comprises par la communauté. Il est généralement admis qu'un doujinshi ne doit pas être confondu avec l'œuvre originale (d'où l'importance de la mention « doujinshi » sur la couverture), que les tirages doivent rester limités par rapport au marché commercial, et que le contenu ne doit pas nuire à l'image de l'œuvre d'une manière jugée inacceptable par l'ayant droit.
Il faut noter que la réforme du droit d'auteur japonais de 2018 a introduit des exceptions au principe du shinkokuzai pour les cas de contrefaçon à grande échelle, ce qui pourrait théoriquement affecter certains doujinshi produits en très grands tirages. Toutefois, cette disposition vise principalement le piratage commercial et non la scène dōjin traditionnelle.
Réglementation en France et en Europe
La situation juridique est différente en France et en Europe, où le droit d'auteur ne repose pas sur le même principe de shinkokuzai. En droit français, la création d'une œuvre dérivée sans l'autorisation de l'auteur original constitue une contrefaçon, quelle que soit la finalité — commerciale ou non — de cette création.
Concrètement, un doujinshi utilisant des personnages de One Piece ou de Naruto serait techniquement illégal en France, même s'il est vendu à perte lors d'une convention. La notion de fan art ou de fanwork ne bénéficie d'aucune exception légale explicite dans le code de la propriété intellectuelle français.
Dans les faits, les poursuites contre des créateurs de fanworks amateurs sont extrêmement rares en France, les ayants droit préférant concentrer leurs efforts sur le piratage commercial. Néanmoins, les créateurs de doujinshi dérivés opérant en France doivent être conscients qu'ils évoluent dans un cadre juridique plus strict qu'au Japon, sans la protection informelle du shinkokuzai.
Au niveau européen, la directive sur le droit d'auteur dans le marché unique numérique (2019) n'a pas introduit d'exception spécifique pour les fanworks. Certains juristes et associations militent pour la reconnaissance d'un droit au fanwork, arguant que ces créations contribuent à la vitalité culturelle et ne concurrencent pas les œuvres originales, mais cette revendication n'a pour l'instant pas abouti.
Créer son propre doujinshi : guide pour débutants
Les étapes de création
Créer votre premier doujinshi est une aventure passionnante et plus accessible que vous ne le pensez. La première étape — et la plus importante — est de définir votre projet. S'agira-t-il d'une création originale ou d'un doujinshi dérivé ? D'un one-shot de 20 pages ou d'un récit plus ambitieux de 50 pages ? D'un genre tout public, romantique, comique ou adulte ? Ces choix détermineront l'ensemble de votre processus de création.
L'étape suivante est l'écriture du scénario et la création du storyboard (appelé name au Japon). Le storyboard est un brouillon rapide de chaque page, esquissant la disposition des cases, le positionnement des personnages et les bulles de dialogue. C'est la colonne vertébrale de votre doujinshi, et il vaut mieux y consacrer du temps avant de passer au dessin final.
- Définition du concept : Choisissez votre genre (original ou dérivé), votre univers, vos personnages principaux, le ton narratif (comédie, drame, action, romance) et le public cible. Estimez le nombre de pages nécessaire pour raconter votre histoire de manière satisfaisante.
- Écriture du scénario : Rédigez un synopsis détaillé incluant la structure narrative (introduction, développement, climax, résolution), les arcs de personnages et les dialogues clés. Pour un doujinshi de 30 pages, prévoyez environ 15 à 20 scènes distinctes.
- Création du storyboard (name) : Dessinez des vignettes rapides de chaque page montrant la disposition des cases, la composition visuelle, les angles de caméra et les bulles de dialogue. Le name japonais est très sommaire, l'objectif est de valider le rythme narratif, pas la qualité graphique.
- Crayonné (shita-e) : Dessinez la version détaillée de chaque page au crayon ou en esquisse numérique. C'est l'étape où vous travaillez l'anatomie, les expressions, les arrière-plans et la composition finale de chaque case.
- Encrage (pen-ire) : Repassez vos crayonnés à l'encre (traditionnelle ou numérique). L'encrage définit les contours nets, les épaisseurs de traits et la hiérarchie visuelle. Utilisez des plumes de différentes tailles pour varier l'expressivité du trait.
- Ajout des trames et ombres (tone) : Appliquez les screentones (traditionnels ou numériques) pour créer les textures, les ombres, les dégradés et les effets de matière. Les trames définissent l'atmosphère visuelle et la profondeur de vos pages.
- Ajout du texte et des bulles : Créez les bulles de dialogue avec des contours nets, insérez le texte final (police claire et lisible, généralement sans empattement), vérifiez l'orthographe et la grammaire. Assurez-vous que le texte ne déborde pas des bulles et reste lisible.
- Mise en page finale : Assemblez vos pages dans l'ordre correct, ajoutez les numéros de page, vérifiez les marges (bleed) pour l'impression, et assurez-vous que le sens de lecture est cohérent (droite à gauche pour style japonais, gauche à droite pour style occidental).
- Création de la couverture couleur : Dessinez une illustration couleur attractive reflétant le contenu de votre doujinshi. La couverture est votre principal outil marketing : elle doit capter l'attention immédiatement. Incluez le titre, le nom du cercle, le prix et les avertissements de contenu si nécessaire.
- Relecture et corrections finales : Faites relire votre doujinshi par des tiers pour détecter les erreurs de texte, les incohérences narratives, les fautes de perspective ou les oublis graphiques. Corrigez avant de passer à l'impression ou à la publication numérique.
Le dessin proprement dit peut être réalisé de manière traditionnelle (papier, encre, screentones) ou numérique. Aujourd'hui, la majorité des créateurs de doujinshi utilisent des logiciels comme Clip Studio Paint (le standard de l'industrie manga), Procreate sur iPad, ou MediBang Paint (gratuit). Ces outils offrent des fonctionnalités spécifiquement conçues pour la création de manga : trames, bulles de dialogue, effets de vitesse, gestion des pages.
Conseil pratique : Clip Studio Paint pour débutants
Clip Studio Paint (anciennement Manga Studio) est le logiciel de référence pour créer des doujinshi numériques. Sa version PRO (environ 50 €, licence perpétuelle) est largement suffisante pour commencer. Points forts : bibliothèque massive de trames gratuites, outils de perspective automatique, gestion native du format manga avec templates B5/A5, stabilisateur de trait puissant pour un encrage fluide, et compatibilité totale avec les tablettes graphiques. Le logiciel propose des tutoriels intégrés en anglais et une communauté francophone active sur YouTube et Discord. Alternative gratuite : MediBang Paint, plus léger mais fonctionnel pour débuter. Pour iPad : Procreate (environ 12 €) offre une excellente expérience tactile, bien qu'il manque certaines fonctions manga-spécifiques de Clip Studio.
La mise en page est une étape cruciale souvent sous-estimée. La disposition des cases, la gestion des marges (le tachi-kiri pour les images pleine page), le sens de lecture (de droite à gauche pour un doujinshi japonais, de gauche à droite pour un public occidental) et la typographie des dialogues influencent directement l'expérience de lecture.
Impression et distribution
Une fois votre doujinshi terminé, deux options principales s'offrent à vous : l'impression physique et la distribution numérique.
Pour l'impression physique, les imprimeries en ligne spécialisées dans les petits tirages sont votre meilleur allié. En France, des services comme Lulu, TheBookEdition ou des imprimeries spécialisées bandes dessinées proposent des impressions à la demande ou en petites quantités. Si vous visez le marché japonais, les imprimeries nippones comme Kinko's ou Popls offrent des tarifs compétitifs à partir de 30 à 50 exemplaires.
Pour la distribution numérique, les plateformes mentionnées précédemment — BOOTH, DLsite — acceptent les créateurs internationaux. BOOTH est particulièrement accessible : la création d'un compte vendeur est gratuite, et la plateforme prend une commission modeste sur chaque vente. Vous pouvez y vendre votre doujinshi en format PDF à un public international.
La distribution en convention reste le mode de vente le plus emblématique. En France, réservez une table Artist Alley dans une convention comme Japan Expo, Paris Manga ou une convention locale. Préparez un stock adapté (50 à 200 exemplaires pour une première participation), soignez la présentation de votre stand et prévoyez des affiches, des cartes de visite et des exemplaires de démonstration.
Rejoindre ou créer un cercle
Travailler au sein d'un cercle (circle) est la manière traditionnelle de créer des doujinshi au Japon. Un cercle peut compter de deux à une dizaine de membres, chacun apportant ses compétences : scénario, dessin, encrage, mise en page, marketing. La dynamique de groupe stimule la créativité et permet de partager les coûts d'impression et de stand en convention.
Pour rejoindre un cercle existant en France, les réseaux sociaux sont votre meilleur outil. Les communautés manga sur Discord, Twitter/X et les forums spécialisés regorgent de créateurs à la recherche de collaborateurs. Pixiv est également une plateforme de référence pour entrer en contact avec des artistes partageant vos centres d'intérêt.
Si vous souhaitez créer votre propre cercle, commencez par définir une identité claire : un nom, un genre de prédilection, un rythme de publication. Recrutez des membres dont les compétences sont complémentaires aux vôtres. Et surtout, fixez-vous un objectif concret — par exemple, publier votre premier doujinshi pour la prochaine convention locale — pour maintenir la motivation du groupe.
- Définissez une identité de cercle claire — Choisissez un nom mémorable et évocateur de votre univers créatif. Créez un logo simple et reconnaissable. Définissez votre niche : genres privilégiés, style graphique, ton narratif (humoristique, dramatique, érotique, tout public). Une identité cohérente facilite la fidélisation du public.
- Recrutez selon les compétences complémentaires — Identifiez vos forces (dessin, scénario, communication) et cherchez des collaborateurs qui complètent vos lacunes. Un cercle équilibré pourrait inclure : un scénariste, un ou deux dessinateurs, un encreur/finisseur, un responsable mise en page, et un community manager pour la promotion sur les réseaux sociaux.
- Établissez une structure de collaboration claire — Rédigez une charte interne définissant : la répartition du travail, le processus de validation créative (qui a le dernier mot), la gestion des revenus (partage équitable ou proportionnel au temps investi), et les droits d'auteur (propriété collective ou individuelle). Cela évitera les conflits futurs.
- Fixez un calendrier réaliste avec deadline concrète — Choisissez une convention ciblée (Japan Expo, Paris Manga, convention locale) comme première échéance. Travaillez à rebours : si l'événement a lieu dans 6 mois, réservez 1 mois pour l'impression, donc finalisez la création 7 mois avant. Planifiez des jalons intermédiaires (fin du scénario, fin du storyboard, etc.).
- Budgétisez impression et participation aux conventions — Estimez les coûts initiaux : impression (300 à 800 € pour 100 exemplaires format B5 couleur), stand en convention (50 à 150 € selon l'événement), matériel de présentation (affiches, porte-documents, 50 à 100 €). Prévoyez un fonds commun ou un système de préfinancement entre membres.
- Développez une présence en ligne avant la publication — Créez des comptes sur Twitter/X, Pixiv, Instagram au nom du cercle. Partagez régulièrement des extraits en cours de création (work in progress), des croquis de personnages, des annonces de progression. Construire une communauté en amont génère de l'anticipation et augmente les ventes lors de la sortie.
Conclusion
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Le doujinshi est bien plus qu'un simple manga amateur. C'est un écosystème culturel unique, né au Japon dans les années 1970, qui a profondément influencé l'industrie du manga et de l'animation telle que nous la connaissons aujourd'hui. Des conventions gargantuesque comme le Comiket aux plateformes numériques comme BOOTH et DLsite, en passant par les Artist Alleys des conventions françaises, le doujinshi offre un espace de liberté créative sans équivalent.
Que vous soyez un lecteur curieux souhaitant découvrir des œuvres introuvables dans le circuit commercial, un collectionneur passionné à la recherche de raretés, ou un artiste en herbe rêvant de publier votre première création, le monde du doujinshi vous tend les bras. La barrière de la langue s'amenuise grâce aux plateformes internationales, les outils de création numérique comme Clip Studio Paint n'ont jamais été aussi accessibles, et la communauté francophone dōjin se développe d'année en année.
Le doujinshi incarne une vérité fondamentale de la culture otaku : la frontière entre créateur et consommateur n'a jamais été aussi poreuse. Dans cet univers, chaque lecteur est un créateur en puissance, chaque fanwork est une déclaration d'amour à une œuvre, et chaque cercle est le début potentiel d'une aventure artistique qui pourrait, comme pour CLAMP, mener bien plus loin que prévu.



